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Peut-on rire de tout ?

mercredi 26 août 2015

« L’affaire » Dieudonné a réactivé ce questionnement passablement usé. Deux rappels s’imposent. Le premier de principe : la véritable élégance de l’humour consiste à rire de soi et non des "autres". Le deuxième historique. Au sein du Commissariat Général aux Questions Juives (CGQJ), la Direction de la Propagande distinguait, dans une démarche marketing, 3 cibles : le public cultivé, le public secondaire et « la masse » [marketing et propagande sont ontologiquement liés : Propaganda d’Edward Bernays paru en 1928 fonde le marketing et en même temps, fut le livre de chevet du Docteur Goebbels]. Comme, les idéologues du CGQJ jugeaient la masse « rebelle à toute abstraction », ils considéraient qu’il fallait, pour l’atteindre, emprunter « des chemins détournés » et « notamment en l’amusant ». « On peut influer sur elle par des romans policiers, d’amour ou de cape et d’épée, où le juif tient un rôle pernicieux ». Sans oublier, bien sûr, « les histoires juives et les sketches amusants ». Le CGQJ encouragea la circulation des blagues antisémites qui diffusaient les stéréotypes racistes. Depuis, il convient de considérer toujours avec le plus grand sérieux, quitte à passer pour un pisse-froid ou un anarchiste austère, le contenu et la diffusion du rire « populaire ».

Mato-Topé, Le Monde Libertaire Gratuit, n°48, 27 février 2014, p.3.